La soirée de lancement des Éditions Propulseurs, je coche. C’est fait.

Elle a décoiffé. Transformée en stroumphette admirative, je n’ai rien vu. J’ai juste apprécié que tous ces intelligents jouent le jeu tant du décoiffage que de la créativité. Avec pudeur et émotion, je remercie chaleureusement tous les participants.

Grâce à un neurone rescapé de la tempête, j’ai tout de même constaté que la réalité dépasse aujourd’hui ce qu’on croit être de la fiction.

_JPL8903-714029 Après qu’Antoine Crouan, directeur de l’École des sciences du cancer, nous a donné quelques bonnes nouvelles sur le cancer, les participants ont effectué des prévisions sur la santé. L’une d’entre elles était : « Demain, on imprimera des organes et morceaux de notre corps ». Grâce au Chronorama (système de prédiction basé sur les applaudissements) ils ont estimé que cette prévision deviendrait réalité entre 2030 et 2040. Notre parrain a discrètement signalé que, à l’Institut Gustave Roussy, ils imprimaient chaque jour une vingtaine de ce _JPL8926-720525 qu’il nomme « pièce » ou partie du corps !

Lors de cette soirée, une participante m’a demandé :

— Dans votre Dico des métiers, vous créez des mots pour nommer les métiers. Mais, comment nommez-vous votre métier ? »

— Je ne sais pas… Prospectiviste.

— Prospectiviste… Non, les prospectivistes font des études et travaillent dans des départements « Études et prospective ».

J’ai hoché la tête en signe d’assentiment. Je ne pouvais pas faire autrement. Je ne compte pas le nombre de fois où je fulmine contre ces appels d’offres sur 2030 qui se limitent à des études. Grassement rémunérées, elles servent, dans les meilleurs des cas, à caler des armoires. Dans les autres à alimenter par quelques chiffres surréalistes les discours des commanditaires.

_JPL8912-789566— Comme les livres et les ateliers des Éditions Propoulseurs ont comme objectif d’aider à exploiter les innovations, recherches, expérimentations existantes, on pourrait dire que je suis exploitante en innovations, dis-je.

— Je dirais plus veilleuse réveillée, rétorque la dame.

Je vole sur-le-champ le concept de veille réveillée à mon interlocutrice.

À cause du mot peut-être, la veille est devenue aujourd’hui une pratique que je qualifierais d’assoupie, voire pantouflarde.

Le veilleur se contente de repérer et enregistrer les innovations dans les milliers d’outils de veille apparus sur le marché. On scoopite, diligote, scorifie à tour de clics. Le principe est d’alimenter un outil qui va permettre d’envoyer automatiquement des messages sur Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux. La veille est devenue un moyen de faire parler de soi et de montrer qu’on est un expert du sujet.

Cette pratique a ses effets pervers._JPL8910-729996

Le diffuseur d’informations tenant le haut du pavé numérique, les aficionados des réseaux sociaux se sont habitués à consommer passivement la pâtée qui apparaît dans leur fil d’échanges.

La dernière innovation, réflexion qui s’affiche sur les écrans, est avalée sans discuter. Cela donne par exemple :

— Tu as vu, bientôt on ne va plus recruter que par algorithmes. On a des logiciels (NDLR : comment ceux développés par Evolv) qui rassemblent toutes sortes de données, de celles contenues dans les CV à celles présentes sur les réseaux sociaux. Ils permettent d’obtenir une comptabilité fiable à 80 % avec l’entreprise.

On s’enthousiasme ou fustige le principe, mais on va rarement plus loin. On ne contrebalance par l’information en la reliant à d’autres comme, par exemple, le fait que des entreprises comme Google ont abandonné l’utilisation d’algorithmes dans le recrutement. Ils normalisaient trop les profils._JPL8969-772799

De manière plus ou moins consciente, on accorde aussi crédit à la plus grande gueule.

Quand le même Google annonce qu’il travaille sur une nanopilule qui va traquer toutes les maladies, on applaudit son génie. On ne la relative avec le fait que des milliers des chercheurs travaillent sur le dépistage précoce des maladies et que rien n’est encore gagné.

S’il faut passer de veille assoupie à la veille réveillée en mettant en liens des innovations et réflexions contradictoires, on peut aller encore plus loin en développant une veille créative et anticipatrice. Le principe est de croiser des innovations pour envisager de nouveaux produits et services. Un exemple l’illustre.

Prenons trois faits.

  • _JPL8921-767838Le Pavillon des Canaux, une maison donnant sur le canal de l’Ourcq, a fait l’objet d’un appel à projets de la part de la ville de Paris. C’est désormais un “coffice” ou un bureau cosy. On vient travailler dans le salon, la chambre ou la salle de bains.
  • La location d’appartement de particulier fait un tabac. Lancée en 2007, Airbnb est désormais valorisée 10 milliards de dollars. C’est plus que des poids lourds historiques du secteur de l’hôtellerie, comme les groupes Hyatt ou Wyndham Logement-bureaux partagés
  • Les espaces de coworking se développent à la vitesse de la lumière. En France, le premier espace de coworking français, la Cantine, a fait son apparition à Paris en 2008. Aujourd’hui on en dénombre plusieurs centaines et beaucoup plus sont en gestation.

Après quelques circonvolutions cérébrales, on peut en déduire que dans un avenir proche (au maximum deux ans) on verra apparaître des maisuros ou appartement-bureaux. Grâce à un site, un particulier proposera à des indépendants ou des travailleurs à distance de venir travailler dans son salon._JPL8932-748884

Si sur le papier, la mécanique peut paraître compliquée à mettre en œuvre, ce n’est pas le cas dans les ateliers. Les idées innovantes et constructives sont en libre-service dès qu’on les sollicite.

Bref, si vous connaissez des décideurs dans des municipalités ou entreprises prêts au décoiffage, proposez-leur d’organiser des ateliers d’innovation créative et anticipatrice sur les sujets les plus sensibles. Ils constateront que lorsqu’on accorde le droit à la créativité, on ne peut plus se plaindre de la torpeur et de l’apathie de ses collaborateurs ou concitoyens.

Futur’heureusement vôtre !

Anne-Caroline Paucot