Le grand chambardement

Dernièrement, j’ai fait une intervention sur le grand chambardement des métiers dans un amphithéâtre de 300 personnes. À l’issue, deux personnes sont venues me voir. La première m’a dit : « Je viens vous remercier pour votre lettre du vendredi. Je l’attends toujours avec impatience. Ne marchant pas dans les clous, elle décale les esprits. » J’ai souri en précisant que question décalage, elle se pose bien là : les vendredis passent et la dame attend.

Le deuxième m’a alpagué alors que je me débattais avec une assiette en carton et une alimentation industrielle en disant : « Je suis rassurée. Vous avez l’air d’être en forme. J’étais inquiet quand je n’ai plus reçu votre lettre. »

C’est donc la bouche pleine que j’ai appris qu’un inconnu s’inquiétait pour moi. Cela vous en bouche un coin. Je lui ai expliqué que j’avais arrêté la lettre parce que le retour sur investissement était trop faible ou une bêtise de ce genre. Mon ambition était de trouver un sponsor intéressé par des réflexions sur le futur et par le nombre d’abonnés à mes décalages futuristes.
— Vous n’avez pas trouvé ? Vu le nombre de newletters sans contenus qu’on reçoit, vous n’avez que l’embarras du choix.

J’ai avalé un morceau pour éviter de répondre à ce charmant Monsieur que c’était le sponsor qui ne m’avait pas trouvé. Spécialiste en démarketing direct de mes compétences, j’étais dans l’incapacité d’aller à la chasse aux poules aux oeufs d’or.


Un article sur le grand chambardement des métiers dans la revue Influencia inititulé Futur.NB : la recherche d’un partenaire pour la lettre du futur est toujours d’actualité.

À l’issue de la conversation, j’ai conclu qu’on manquait cruellement d’indépulseurs. Cet agent pour indépendants ou structures autonomes trouverait des sponsors pour des projets, aiderait à récolter des financements originaux. L’indépulseur serait aussi un assembleur de compétences. Il rechercherait des indépendants avec des compétences fortes et folles pour les proposer aux entreprises.Grâce à ce métier (à ajouter dans le Dico des métiers de demain), je réussirais par exemple mon crowdfunding pour les Éditions Propulseurs.
Quand on ne s’en occupe pas, cela donne cela.Pour réussir sa levée de fond, il faut noyer son carnet d’adresses avec un torrent de mails, bassiner la twittosphère avec une mendicité intelligente, faire pleurer dans les chaumières, rédiger des actualités narcissiques, déplacer des montagnes de certitudes en la performance de son projet, transformer son moi en un surmoi de gourou des temps modernes. Et si on n’a toujours pas son compte, attacher des banderoles à des drones et les envoyer survoler les centrales nucléaires. En clair, c’est un boulot de forçat.La nouveauté du financement participatif aveugle. On croit au miracle, alors que le miracle est réservé à Kiss Kiss Bank Bank et autres plateformes qui récoltent à chaque fois un pourcentage important sur les mises. La nouvelle économie collaborative a déjà ses nababs et ses exploités !
Mon actualité est aussi une soirée de lancement des Éditions Propulseurs (Le 17 novembre à 19 heures. Si vous êtes intéressé, envoyez-moi un mail).Outre concevoir un programme propulsant pour cette soirée décoiffante, j’ai effectué une mise à jour des livres (Des guides du futur sur la maison, la ville, la santé demain. Des dicos : Dico des métiers de demain et Dico des idées désirables) en intégrant les innovations repérées dans les derniers mois.
Lors de ce travail, j’ai fait plusieurs constats :— En trois mois, les livres commencent à souffrir d’obsolescence, car les innovations arrivent en rafale. Dans tous les domaines, ça innove, ça cherche, ça expérimente tellement que cela donne le tournis. Le patron de Sony, Akio Morita a dit : « Tout le monde peut innover, si sa vie en dépend. » Je me demande si cette accélération ne vient pas du profond malaise sociétal et politique que nous vivons. Une idée à discuter.

— Les innovations sont de plus en plus communicantes. Cette semaine, Google fait parler de lui en annonçant des pilules connectées qui utiliseront des nanoparticules pour traquer les cellules et détecter toutes les maladies de notre corps. Sauf qu’on aura le temps d’en reparler, car il faudra attendre de nombreuses années avant qu’elles soient sur le marché.

— Les guides du futur devraient être distribués à tous les élus et décideurs. Car le principe (des prospectives-fiction qui renvoient vers des innovations) fait apparaître des nouveaux sujets de réflexion.Exemple pour la santé, il semble qu’après une médecine curative, on désire aller vers une médecine préventive. Pour cela, les chercheurs travaillent sur le décryptage du génome, la quantification des données personnelles, la création de systèmes de plus en plus sophistiqués de détection des maladies. La nouvelle question qui s’impose est : « Est-ce qu’on veut une société où l’on met le corps sous contrôle permanent ? Et bien entendu, où on exclut ceux qui ont un corps défaillant ou n’acceptent pas cette surveillance. » À discuter aussi.En attendant de trouver ensemble quelques réponses, je vous souhaite un week-end pluvieux et heureux ou si vous préférez ensoleillé et encanaillé.

Anne-Caroline