Le vendredi d’habitude mes dix doigts courent sur le clavier pour vous raconter une tranche de futur. Aujourd’hui, je sens qu’ils n’ont pas envie de lever le petit doigt.
Ils sont transis par l’émotion. Ils refusent de raconter cet insupportable massacre de la liberté de dessiner et de penser hors des clous. Ils font grève pour expliquer que dénoncer la barbarie en faisant rire était juste un acte salutaire d’hygiène sociétale.

Au lieu de négocier avec mes extrémintés, j’ai, à leur insu, colorié en rose un Je suis Charlie. Oui, je crois que Cabu, Wolinski, Tignous, Charb et les autres auraient la banane en voyant la solidarité que leur mort provoque. Ils feraient un doigt peu politiquement correct à ces abjects pour leur expliquer qu’ils ont raté leur coup en nous soudant. On aurait le droit à un clin d’œil complice pour nous signaler qu’en ce moment des dessins évitent l’envahissement de la toile par des selfies de moi au ski, moi au réveillon, moi bourré, moi, moi, moi…

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Dans les hommages des dessinateurs, celui de l’artiste de street-art Bansky ou l’artiste londonienne Lucille Clerc (il y a des doutes sur l’auteur) a retenu mon attention, car il raconte le futur. Si aujourd’hui le crayon est brisé, on va pouvoir le retailler pour écrire de manière plus collective une autre page (s’il est cassé en deux, rien n’empêche d’en faire quatre, huit, seize et des millions de morceaux…).

Quelle page va-t-on écrire avec nos nouveaux crayons ? Je n’en sais rien. Je peux juste nous espérer qu’elle sera moins futile, technodépendante, consumériste, inégalitaire et plus agile, solidaire, amusée, engagée, inventive… Bref, on a du pain sur la planche !

Mes doigts m’autorisent tout de même à vous faire le coup de la bonne année 2015. Je vous souhaite donc santé, amour, réflexions, amusements et aussi… (sourires) lecture des livres des Éditions Propulseurs, participation à des ateliers de création du futur, collaborations créatives et décapantes avec les Propulseurs…

Futur’Heureusement vôtre

Anne-Caroline Paucot