Le vendredi, c’est le jour de la santé connectée… et de la lettre du futur

Chers lecteurs et futurs lecteurs assidus de la lettre du futur…,

Avant de vous inviter à une soirée vitamine Débat, je vais vous raconter une histoire brute de fonderie.

Hier matin, mon ostéo m’accueille en me montrant un panneau qui dit :

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— Tu crois que c’est compréhensible ? ajoute-t-il.

J’évite d’évoquer mes doutes et lui demande juste d’expliquer ce qui l’incite à manifester dans son cabinet.

Son agacement vient d’une patiente porteuse d’un bracelet qui traque son activité. Alors qu’il lui traficote les vertèbres, son téléphone se met à lui vriller les oreilles. La patiente sursaute en s’exclamant :
— Cela sonne… C’est normal… C’est parce que je ne bouge pas depuis dix minutes.

La séance reprend son cours. Dix minutes plus tard, deuxième sonnerie. Elle sursaute de nouveau et son coude attérit dans le nez du praticien.

La patiente s’excuse. Elle est désolée et… et… ne sait pas comment couper l’appareil.

La fin de la séance est un cauchemar. L’ostéo a mal au nez. La patiente bouge en permanence pour éviter que son téléphone sonne de nouveau.

Si cette histoire est anecdotique, en revanche on assiste à un déferlement d’objets connectés (bracelets, tee-shirts, balances, appareils médicaux…) et d’applications (100 000 en 2014 !) dans le domaine de la santé.

Les espérances sont nombreuses. Ces dispositifs numériques vont permettre de :

• Inciter les usagers à adopter des comportements bons pour la santé.
• Mieux assurer le suivi de sa santé et prévenir les maladies.
• Faciliter le diagnostic lors de l’enregistrement des symptômes.
• Améliorer la vie des malades : diminution du temps d’hospitalisation, simplification du traitement…
• Favoriser les chances de guérison : détection des rechutes, aides au suivi de la prescription…
• Surveiller l’évolution d’une épidémie.
• Diminuer les coûts santé.
• Passer d’une médecine curative à une médecine préventive.

Mais, pour atteindre ces ambitions, de nombreuses questions se posent :

• Arrêter de fumer, boire, maigrir avec une application ! Un coach électronique va-t-il réellement changer les habitudes de vie ou l’engouement sera éphémère ?
• Les médecins vont-ils considérer ces objets comme des gadgets ou leur accorder de l’intérêt ?
• Les mesures et applications sont-elles fiables ? Quels sont les risques liés aux fonctionnements aléatoires de ces produits ? Comment repérer les bonnes applications des autres ?
• Comment gérer et protéger les données des patients ? Comment les utiliser pour la recherche ?
• La détection par le patient d’une maladie va-t-elle modifier la relation avec le médecin ? La surveillance à distance va-t-elle augmenter ou diminuer l’isolement de certains patients ?
• Est-ce que ces dispositifs seront accessibles à tous ? Quels sont les coûts et les gains générés par l’utilisation de ces dispositifs numériques ?
• Bonus-malus lié au comportement de l’individu, hypocondrie généralisée… Quelles sont les dérives envisageables de la mise sous surveillance permanente de nos corps ? Comment les prévenir ?

Pour en discuter, les Propulseurs en partenariat avec le LIR vous invitent à une soirée vitamine Débat le 9 mars à 19 heures à l’OpenMind Kfe. (Page d’inscription).

paperbackstack_550x498(5)En attendant, vous pouvez découvrir des innovations en lien avec le sujet sur le nouveau site lasantedemain.com.

Investir dans La forme augmentée, un guide du futur sur la santé de demain. Je rappelle que les livres des éditions Propulseurs sont personnalisables. Vous pouvez les mettre aux couleurs de votre entreprise et les offrir à vos collaborateurs et clients.

Futureusement vôtre
Anne-Caroline Paucot

Le vendredi, c’est le jour des dessin’acteurs… et de la lettre du futur

Chers Pierre, Paule, Charlie et les autres,

Certains jours, je me colle sur le front l’étiquette de prospectiviste. Comme l’énoncé de ce terme abscons se traduit par une chute de la mâchoire de mon interlocuteur, je me fends d’une explication. Je raconte que, comme le futur est imprévisible (qui aurait pu prévoir le massacre et la mobilisation ?), je ne ponds pas des savantes prévisions étayées de camemberts ou autres escroqueries intellectuelles. Plus modestement, j’aide les uns et les autres à inventer le futur ou du moins le futur qu’ils désirent. Je leur propose des livres et des ateliers pour imaginer le futur de leur entreprise ou métiers, d’un secteur d’activité comme la ville, la maison, le travail…

Mon propos étant bien rodé, je le pense compréhensible. Cela dure au moins 5 minutes. À ce moment-là, j’entends systématiquement :
— Toi qui est… comme on dit… prospect… truc, cela va être comment en 2030… 2050. Comment tu vois le futur de…?

Suite au séisme sociétal, cela n’a pas loupé. On m’a pris pour Madame Irma en m’interrogeant sur les conséquences de cette mobilisation sans précédent.

J’ai secoué la tête pour avoir l’air d’avoir quelque chose d’intéressant à dire avant de me souvenir d’un échange entre un père et son fils âgé d’une dizaine d’années.

La discussion a lieu dimanche soir dans le métro à la fin de la marche. Même si la rame est bondée, les marcheurs ne râlent pas, mais discutent. Juste à côté de moi, Thomas interpelle son père.

  • Papa, est-ce que dessin’acteur, c’est un vrai métier ? demande l’enfant.
  • Oui, bien sûr… Mais, c’est un métier surtout pour ceux sont qui sont doués.
  • Parce que pour les autres métiers, on peut être nul ?

Le père ne répond pas. Moi, je souris. Je pense que les Charlie aimeraient bien qu’on les appelle des dessin’acteurs. Le mot raconte si bien la manière dont ils ont agi pour défendre la liberté d’expression et rejeter toutes formes d’extrémisme.

Je regarde le gamin. J’ai l’impression de l’entendre dire que, demain, il ne fera pas un métier où l’on peut être médiocre. Il préféra un métier où il est fort, parce qu’ainsi on le reconnaitra.

  • Est-ce qu’il faut faire des études pour être dessin’acteur ?
  • On peut, mais ce n’est pas très important.

Là, la calebasse du gamin dépasse la vitesse autorisée. Je le vois penser que pour faire un métier où l’on est reconnu, il ne faut pas s’ennuyer à emmagasiner des connaissances inutiles. Je ressens alors comme un doute dans le bienfait de longues et pénibles études.

  • Papa, tu crois que c’est vraiment bien de dire ce qu’on pense ?
  • Oui, mais attention, cela ne plait pas toujours à tout le monde.
  • Ce n’est pas grave. Comme tu le dis, on ne peut jamais plaire à tout le monde.

Une autre lumière s’allume dans le cerveau de Thomas. Le gamin ne va pas oublier le message. Son père lui donne l’autorisation de dire ce qu’il pense. Il ne va pas attendre bien longtemps avant de faire entendre son propre son de cloche.

À l’écoute de cet échange chargé de l’émotion des millions de personnes qui ont marché, j’ai le sentiment que cette mobilisation sans précédent va donner aux plus jeunes l’envie de se mettre aux commandes de leur vie.

Depuis quelques années, leur avenir est bouché, gris, sans illusions : soit ils font de longues études et peuvent espérer avoir un boulot où ils gagnent de l’argent, mais rarementleur vie. Soit, ils vont connaître les affres de la précarité et aérer leurs désillusions en faisant la queue à Pole emploi.

Mais aujourd’hui, la société tient un autre discours. Elle reconnait l’engagement, la liberté de penser, la créativité…

L’affaire ne va pas tomber dans l’oreille de sourds. Comme les Charlie, nos jeunes vont sans doute ouvrir leur gueule pour dire qu’ils ont assez de piétiner au seuil d’une société vieillissante. Ils vont prendre la parole pour affirmer leur volonté de créer, inventer, dessiner leurs propres parcours. En d’autres termes, ils vont se mobiliser pour devenir des dessin’acteurs et non plus se contenter de subir les aigreurs des anciens.

Je rêve ?

L’avenir le dira. En tout cas, je crois qu’aujourd’hui encore plus qu’hier, il faut s’accrocher à des rêves qui peuvent faire rire, pleurer et pourquoi pas dans l’élan changer le monde.

De plus, si en hommage aux Charlie, chacun de nous devient un dessin’acteur en s’engageant dans ses excellences, ce rêve deviendra rapidement une douce réalité.

Futur’heureusment vôtre

Anne-Caroline Paucot

Les dernières lettres du futur

Le vendredi, c’est le jour de l’ours… et de la la lettre du futur

Frank Escoubes, le fondateur d’Imagination for people et chairman de Bluenove, écrit dans le Huffingston Post :

Le premier nid à poussière de l’entrepreneuriat est l’indépassable « Business Plan », sésame de tout démarrage d’entreprise. Ce nectar d’intelligence modélise la vie des affaires à grand renfort de spéculations prospectives et de tableurs à triple entrée. Un pensum qui a tout d’un document marketing autopromotionnel, censé expliquer au monde que le monde est pur et parfait, que le marché adéquatement vierge nous attend tout tranquille, que la concurrence a bêtement oublié de s’y intéresser, et que tous les efforts seront dorénavant orientés jour et nuit vers un seul point limite : le développement d’une offre forcément et singulièrement unique qui fera table rase de la vile compétition et dont on parlera le soir dans les chaumières.

Et pourtant, le roi est nu. Désespérément nu. En vingt ans de carrière, je n’ai jamais vu un seul business plan se réaliser véritablement. Pire encore, dans 90 % des cas, ce que j’ai vu se réaliser, c’est l’inverse même de l’idée d’un business plan : le développement d’affaires par pur opportunisme, consistant à saisir assidument les occasions commerciales quand elles se présentent.

Si j’accorde beaucoup de crédit aux réflexions de Franck, elles deviennent encore plus justes lorsqu’on s’égare soi-même dans les méandres de l’élaboration d’un business plan.

Les fidèles lecteurs de la lettre l’ont compris : en ce moment, je cherche à développer les Editions Propulseurs. Cette semaine, un proche m’a recommandé un expert du développement en me précisant qu’il a un carnet d’adresses long comme un jour sans amour. Le gaillard, un sciences-po-grande école de commerce-master 30 plus, est, à l’entendre, tous les soirs dans le lit des financiers de la place. Comme je ne m’encombre pas de considérations morales, je décide de le rencontrer.

J’accueille donc un quinqua motard avec pull beige en cachemire et Richelieu aux pieds. Et faute de goût, qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, des chaussettes de tennis !

Je lui raconte mon aventure futuriste et littéraire. Après avoir hoché longuement de la tête, il qualifie mon petit business de :
— Innovant, subtil, décalé et… vrombissant.

Mon ego pétarade. Développer un business vrombissant, il y a de quoi !

L’homme se dit « efficace ». Il me propose donc d’élaborer sans attendre mon business plan. Il faut que je liste « mes produits ».

Je commence par le Dico des métiers de demain Je lui présente le livre, les conférences et les ateliers qui en découlent. Il conclut par :
— Donc, on va estimer, en fourchette basse, que l’on va vendre 15 ateliers, 12 conférences, 3000 ouvrages. Cela va donc faire X euros.
— Fourchette basse ! dis-je impressionné par le chiffre.
— Oui, la Gestion prévisionnelle des emplois a ses limites. Les entreprises sont dans l’impasse. Elles savent qu’elles doivent réfléchir autrement aux métiers de demain.

Je le regarde étonnée qu’il me renvoie avec tant d’aplomb l’argument fourni quelques secondes plus tôt. Pour autant, je doute de ses chiffres. L’expérience m’a fait constater que plus l’incitation au changement exercée sur un manager est forte, plus solides sont les mécanismes de résistance. Pour les déverrouiller, il faut de la confiance et de la subtilité, une affaire qui demande du temps.

J’évoque ensuite Lueurs des possibles, le livre sur la ville de demain. L’artiste du chiffre sort sa calculette :
— Sur les 33 000 communes, on peut estimer qu’une sur 1000 va acheter le livre pour l’offrir à ses collaborateurs et une sur 2000 va accompagner ce cadeau d’un atelier et d’une conférence.

Je peux donc annoncer aux deux habitants de Majastres (Alpes-de-Haute-Provence) et aux six de Caubous (Haute-Garonne) qu’ils ont contribué à l’élaboration de mon business plan.

On passe à Du côté de chez soi, le livre sur la ville de demain :
— Cela va plaire à Bouygues. Ils ont les moyens.
Et voilà que le roi du béton m’a commandé 1000 exemplaires personnalisés !

Amusée, j’ajoute :
— Peut-être que Leroy Merlin va être intéressé. Ils se sont donnés comme ambition « d’aider chaque habitant à rêver sa maison et la réaliser »

Il griffonne des chiffres. J’en conclus que le vendeur de mon magasin préféré va recevoir ce superbe cadeau pour Noël. Si je la vois en train de le lire, je l’embrasse.

On passe sur À fond la forme, le livre sur la santé demain qui ne semble pas une affaire rentable. En revanche, le feuilleton sur le travail en 2030, le met en joie :
— Arte va adorer ! C’est parfait pour leur émission sur le futur.
Il se déchaîne sur son crayon, pose un chiffre, rature, l’augmente.

D’autres choses ? demande mon interlocuteur en agitant frénétiquement ses Richelieusur le sol.

Je précise que les Propulseurs conçoivent des événements participatifs pour aider les entreprises à se projeter dans le futur. Notre spécificité est de pouvoir faire travailler 100, 200 ? 300 personnes.
— Les anniversaires ! s’exclame mon homme. Il faut proposer le dispositif à toutes les entreprises qui veulent fêter un anniversaire symbolique. Cela va faire un tabac.

J’aimerais en être convaincue. Manque de chance, seuls les managers qui prennent le risque de faire réfléchir et inventer leurs collaborateurs s’engagent dans cette voie. Cela réduit donc considérablement le champ de manœuvre.

À ce moment-là, on a donc un chiffre d’affaires pour les Editions Propulseurs qui m’impressionne.

J’imagine quelques secondes ce que je ferais avec tout cet argent. Peut-être en priorité, inviter dans un lieu agréable des codeurs, libraires, écrivains, agités du ciboulot pour développer des Fablivres (une machine installée dans les librairies et bibliothèques qui imprimerait des livres à la demande). Je pense qu’il y a urgence à remettre de la bibliodiversité dans l’édition et trouver un modèle économique pour le livre qui ne se base pas sur la mise au pilon d’une partie de la production.

Je reviens vite sur terre en lui disant :
— Ces chiffres, c’est juste de la fiction ! À quoi cela sert ?
— À convaincre des financiers. Les financiers sont des financiers. Ils ont besoin de chiffres pour rêver. S’ils ne rêvent pas, ils ne mettent pas la main au porte-monnaie.

Devant une telle argumentation, je reste sans voix. Je lui propose d’aller chercher des cafés.

Quand je reviens, je lui demande :
— Vous avez déjà vu la vidéo sur la partie de basket ?
Je lui montre et lui demande de compter le nombre de passes.

(Faites de même pour comprendre la suite).

— Si je comprends bien, un business plan, c’est un artifice pour cacher l’ours ?

Deux minutes plus tard, l’homme était parti.

Futur’Hereusement vôtre !

Anne-Caroline Paucot