Bruce MacCall est un peintre rétrofuriste. Il peint ce qu’hier on imaginait demain.  Il présente ses peintures dans une conférence Ted.

Retranscription de la vidéo

Je sais pas du tout ce que je fiche ici. Je suis né dans un ghetto presbytérien écossais au Canada, et j’ai laissé tomber mes études secondaires. Je n’ai pas de portable, et je peins sur papier avec de la gouache, ce qui n’a pas changé depuis 600 ans. Cependant, il y a environ trois ans, j’ai exposé mes oeuvres à New York, et je ‘ai intitulé l’exposition : « Badinage sérieux. » Donc, je pense que je suis, en fait, le premier à faire ça — je prends l’initiative. J’appelle ça badinage sérieux, car du côté sérieux, j’utilise une technique de réalisme minutieux d’illustration éditoriale qui vient de ma jeunesse. Je l’ai recopié et je ne l’ai jamais désappris — c’est le seul style que je connaisse. Et c’est vraiment assez posé et soutenu. Et en même temps, je me sers du non-sens, comme vous voyez.

1:00 Voici un château écossais où on joue au golf à l’intérieur, et le truc c’était de faire rebondir la balle de golf sur les armures — ce que vous ne voyez pas là. Celui-ci faisait partie d’une série appelée « Les après-midis loufoques, »dont on a fait un livre.

1:13 Voici une voiture autopropulsée, montée à la maison. C’est un Henry J 1935 — je suis très à cheval sur l’authenticité — dans un quartier tranquille de Toledo.

1:21 Et voici l’oeuvre que j’ai presentée au Musée de film à Los Angeles. Vous pouvez probablement déduire que Frank Gehry et moi venons de la même ville.

1:29 Mon travail est si personnel et si étrange qu’il me faut inventer mon propre lexique afin d’en parler. Alors je travaille beaucoup dans ce que j’appele le retrofuturisme, le fait de regarder en arrière pour voir comment hier envisageait demain. Et c’est toujours faux, toujours faux, optimiste et hilarant. Et cela était à son comble dans les années 30, car la Grande Dépression était si lugubre que tout ce qui permettait de s’échapper du présent en rêvant de l’avenir, et la technologie allait nous transporter.

1:59 Voici Popular Workbench (Établi populaire). Une magazine de vulgarisation scientifique de l’époque — j’en avais une collection énorme des années 30 — ce n’était que des gens pauvres à qui on demandait de faire des lunettes de soleil avec des cintres en fil de fer, et tout était improvisé et on rêvait de ces merveilleux robots géants radiocommandés qui jouent au hockey sur glace à 330 kilomètres par heure — tout cela va arriver, tout cela sera magnifique.

Electric-Car-Predictions-Bruce-McCall-Feature-inline-4

2:19 Le rétrofuturisme automobile, c’est une de mes spécialités. J’étais illustrateur automobile et aussi rédacteur de publicité automobile, alors, je suis assez motivé de me venger du sujet. Detroit a toujours été à moitié dans le futur — la moitié publicité — voici le Bulgemobile ’58: si nouvelle, qu’elle semble rendre demain passé. Voici une chaîne de forçats en train d’admirer la voiture. Cela vient d’une compilation entière — de 18 pages, plus ou moins — qui circulait au temps de Lampoon, où je me suis fait les dents.

2:51 La techno-archéologie, c’est fouiller dans le passé et trouver des miracles qui ne sont jamais arrivés — en général pour de bonnes raisons. Le zeppelin — ceci venait d’une brochure sur le zeppelin inspiré, évidemment, du Hindenburg. Mais le zeppelin, c’était la chose la plus grande qui se déplace que l’homme ait jamais créée. Et il transportait 56 personnes à la vitesse d’une Buick et à une altitude d’où l’on pouvait entendre les aboiements des chiens, et pour y voyager , ça coûtait le double d’une cabine de première classe sur la Normandie. Alors le Hindenburg, vous savez,il allait inévitablement disparaître.

3:25 Voici une joute d’autogyre à Malibu dans les années 30. L’autogyre ne pouvait pas attendre l’invention de l’hélicoptère, mais il aurait dû — il n’a pas eu un grand succès. Au fait, c’est la seule innovation espagnole du 20e siècle dans le domaine technologique. Il fallait que vous le sachiez.

3:44 La voiture volante, qui n’a jamais décollé — ce n’était qu’une rêve de l’après guerre. Mon père me disait toujours que nous allions acheter une voiture volante.© C’est en 1946, une projection futuriste, vers le jour où toute famille américaine en auront. « Voilà Moscou, Shirley. J’espère bien que l’on y parle Esperanto. »

McCall-ZUB

4:01 La fausse-nostalgie, pour laquelle je suis, disons, pas célèbre, mais j’y travaille beaucoup — c’est cette soif douloureusement sentimentale d’une époque qui n’a jamais eu lieu. Quelqu’un m’a dit un jour que la nostalgie est la seule émotion humaine qui est complètement inutile — donc je pense que cela justifie le badinage sérieux.

4:21 Ceci en est emblématique – c’est le dîner sur aile, qui nous fait penser aux doux jours d’été quelque part au dessus-de la France dans les années 20, où on dinait sur l’aile d’un avion. Vous ne voyez pas très bien ici, mais c’est Hemingway là, qui lit des pages de son nouveau roman à Fitzgerald et Ford Madox Ford jusqu’à ce que le sillage l’emporte.

4:40 Voici le tank-polo à Southampton. C’est — plus amusant de se moquer des riches imbéciles que de n’importe quel autre groupe. Je le fais souvent.

4:53 Et l’authenticité est une large part de mon badinage sérieux. Je pense qu’elle y apporte beaucoup. Voilà, par exemple, des tanks britanniques Mark IV de 1916. Ils ont deux mitrailleuses et un canon, et ils ont des moteurs Ricardo d’une puissance de 90 chevaux vapeur. Ils faisaient sept kilomètres heure. A l’intérieur il faisait noir comme dans un four et 40 degrés. Et ils avaient suspendu un canari dans le truc pour être sûr que les Allemands n’allaient pas employer de gaz. Gai comme petit conte, n’est-ce pas?

5:22 Voici les Tours Motor Ritz à Manhattan dans les années 30, où l’on pouvait conduire jusqu’à la porte d’entrée, si on avait du cran. Tous ceux qui avaient une certaine importance y avaient un appartement. Par pur enthousiasme, j’ai réussi à inclure le zeppelin ainsi que le paquebot. Et j’adore les cigares — il y a un panneau d’affichage pour les cigares là-bas.

5:39 Et la fausse nostalgie marche également avec les sujets graves, comme la guerre. Et voilà les jours merveilleux de la Bataille d’Angleterre en 1940, quand ce Messerschmitt ME 109 fait irruption dans la Chambre des communes bourdonne et circule, rien que pour faire chier Churchill, qui est là en bas quelque part. Un très bon souvenir des temps passés.

5:59 Le matraquage hyperbolique, c’est un moyen de pousser l’exaggération aussi loin que possible, juste pour s’amuser. Voici un ouvrage que j’ai fait — une brochure encore une fois — le RMS Tyrannique, ce qu’il y a de plus grand au monde. L’exemplaire, que vous ne voyez pas dans sa totalité car il s’étale sur des pages et des pages, dit que les passagers de l’entrepont ne peuvent prendre leurs couchettes qu’à la fin du voyage, et qu’il est si sûr qu’il n’a pas besoin d’assurance. Évidemment, c’est fait à l’image du Titanic. Mais ce n’est pas un cri de coeur pour l’hubris humain face à la nature — ce n’est qu’une blague malsaine et ridicule.

6:39 Bas de gamme scandaleux, c’est bien quelque chose, je pense — ça va vous réveillez. Ca n’a pas de sens, c’est juste — Desoto découvre le Mississippi, et puis voilà une Desoto qui découvre le Mississippi. Je l’ai vite fait pour une quatrième de couverture — je n’avais que quatre heures pour faire une quatrième de couverture pour un numéro de Lampoon, et j’ai fait ça, et j’ai pensé, « Bon, j’ai honte. J’espère que personne ne le sait. » Les gens ont écrit pour commander des retirages.

7:04 L’absurdisme urbain — c’est ce que réclame vraiment le New Yorker. J’essaie avec ces couvertures-là de rendre la vie à New York encore plus bizarre qu’elle ne l’est. J’en ai fait à peu près 40 dont je dirais 30 sont basées sur ce concept. Une nuit, je roulais sur la septième avenue à trois heures du matin, et il y avait cette vapeur qui sortait la rue, et je me suis demandé, « Qu’est qui cause cela? » Et ça — qui sait?

7:31 Le Temple de Dendur au Metropolitan à New York — c’est un endroit très sombre. Je croyais que je pouvais l’égayer un peu, faire quelque chose de drôle.

7:38 Celle-ci est un couverture trèspolitiquement incorrecte. Pas à New York. Je ne pouvais pas m’en empêcher, et j’ai reçu un courriel très méchant d’un groupe écologique qui disait, « C’est trop sérieux et sombre pour s’en moquer. Vous devriez en avoir honte, merci de vous excusez sur notre site web. » Je n’ai pas encore eu le temps dem’en occuper — mais peut-être un de ces jours.

8:01 Voici le côté linguistique de mon cerveau. Rires J’adore le mot Eurotrash. Rires Voilà tout le Eurotrash qui passe à la douane à JFK.

8:17 Voici le messager à vélo de New York, qui rencontre la Tour de France. Si vouz habitez à New York, vous savez comment les messagers à vélo se déplacent. Le problème c’est qu’il porte un tube pour les plans etcetera — comme ils le font tous — et il y a beaucoup de gens qui ont supposé qu’il était un terroriste prêt à tirer des missiles sur le Tour de France — un signe des temps, je suppose.

8:37 Voilà la seule couverture de mode que j’ai jamais faite. C’est la petite vieille dame qui habite dans une chaussure, et puis ce truc-ci — le titre était, « Le quartier se dégrade. » Je sais pas grand’ chose de la mode — On m’avait dit de faire ce que l’on appelle un Mary Jane, et puis j’ai eu un terrible débat entre le directeur artistique et le rédacteur en chef qui disaient, ajoutez une bride, non, n’ajoutez pas de bride, si ajoutez une bride, pas de bride, parce que cela cache le logo et ça fait moche, et c’est mauvais et — Finalement, je me suis dégonflé et je l’ai fait par égard pour l’authenticité de la chaussure.

9:07 C’est une petite blague — E-ZR pass [passage plus facile]. Une lettre, ça fait toute une idée.

9:17 Voici une grande blague. C’est l’audition pour « King Kong ». Rires On me demande toujours, où trouvez-vous vos idées, comment viennent-elles? La vérité, dans ce cas-là, c’est que j’avais une sacrée gueule de bois, en pleine nuit, ceci m’est venu comme un fax — tout ce que j’avais à faire, c’était de le mettre sur papier. C’était parfaitement clair. Il ne me fallait même pas y réfléchir. Et puis quand on l’a tiré, une gentille vieille dame, qui s’appellait Mme. Edgar Rosenberg — si vouz connaissez ce nom — m’a appellé pour me dire qu’elle adorait le couverture, qu’elle la trouvait mignonne. Auparavant, elle s’appellait Fay Wray, et alors ça c’était — Je n’ai pas eu l’esprit pour dire, « Prenez le tableau. »

10:00 Finalement, ceci est une couverture en trois pages, jamais fait auparavant, et je ne crois pas qu’on le refera — une suite de pages sur la couverture d’une magazine. C’est l’évolution de l’homme en utilisant un escalier roulant, et c’est en trois parties. Vouz ne pouvez pas le voir tout entier, malheureusement, mais si vous le regardez assez, vouz pouvez plus ou moins commencer à voir comment ça démarre en fait. Applaudissements.

12:16 Assez élégant. Rien ne vaut un crash pour terminer une blague. Voilà qui achève mon oeuvre. J’aimerais seulement ajouter une publicité grossière. J’ai un livre pour enfants qui sort en automne, qui s’appelle « Les sandwiches Marvel » un recueuil de tout le badinage sérieux qui ait jamais existé, et ça sera disponible dans les librairies haut de gamme, les boquineries minables, les tables en plein air, en octobre. Donc… merci beaucoup!