Pratiquer l’amour collaboratif

Substantif : collamourage

Collamourer consiste à construire un amour collectif supérieur à la somme des amours entre individus.

Pour cette construction, on considère que personne ne peut appartenir à un autre. Ma femme, mes enfants… Le possessif est supprimé.

Le polyamour est envisageable. L’exclusivité n’est plus la norme.

La famille est à géométrie variable. Elle se compose et recompose en permanence.

Dans le collamourage, les penchants et les pratiques amoureuses sont discutés de manière collective.

L’ingrédient essentiel pour le bon fonctionnement du collamourage est le respect des autres et de soi-même.

Prospective-fiction

Demain, les couples pourront être invités à des dîners de collamourage. Au cours d’un premier tour de table, ils vanteront les mérites de leur partenaire actuel. Lors du deuxième, ils feront une déclaration de préamour à un éventuel futur partenaire. Les participants discuteront ces choix et essayeront de les faire évoluer. À la fin de la soirée, ils repartiront le plus souvent avec une personne qu’ils ne connaissaient pas avant. Ces soirées seront très prisées. On oubliera qu’hier l’échangisme était une pratique obscure et très mal vu.

Fragments de discours amoureux d’experts du futur

Internet a fait basculer la notion de propriété en ayant le partage dans ses gènes. Le grand réseau des réseaux a été créé par des chercheurs qui désiraient échanger leur savoir.

Ensuite, il l’a chamboulé en introduisant la notion « qui donne ne perd pas ». Avant, lorsqu’on donnait un disque à un ami, on ne le possédait plus. Avec le numérique, on peut faire un cadeau tout en conservant son bien.

Dans la suite logique, le réseau a favorisé le partage des biens. Voitures, appartements, outils sont partagés en quelques clics. L’imagination « partageuse » des créateurs n’a pas de limite. Ils proposent de partager pour quelques piécettes les toilettes, les machines à laver et même les restes des repas.

Comme pouvoir utiliser les objets des voisins devient simple, la propriété perd son intérêt. Pourquoi s’encombrer d’une perceuse qu’on utilisera 5 minutes tous les deux ans ? Pourquoi entretenir une voiture alors que le voisin peut nous la prêter quand on en a besoin ?

Ce désintérêt pour la propriété devient de plus en plus important et en particulier chez les plus jeunes. L’étape suivante dans la désintégration de la propriété pourrait concerner les rapports humains. Un fondement du couple étant la propriété commune, s’il n’existe plus, d’autres modes de vie vont émerger. On peut supposer que les relations amoureuses seront plus libres et moins dépendantes.

À partir de là, on peut entrevoir un monde où la notion de propriété de l’autre disparaisse au profit de relations plus libres et moins dépendantes. Chacun pourrait concevoir et faire évoluer sa configuration amoureuse sans être obligé de respecter le carcan du couple.

L’amour collaboratif aurait bien entendu comme conséquence une éducation plus collaborative.

Si on peut craindre l’avènement de l’amour collaboratif qui fera éclater des valeurs séculaires, il est clair que l’amour y gagnera en souplesse et légèreté.

C’est déjà demain

Voyage en eaux « trouples »

De nouvelles configurations amoureuses apparaissent.

Au Brésil, le mariage de trois femmes a été validé par un notaire. Ces trois femmes se considèrent comme une famille et veulent donc bénéficier du même droit que les autres.
Un autre notaire brésilien a autorisé l’union civile d’un homme et de deux femmes. Le mariage entre personnes de même sexe est autorisé depuis mai 2013, au Brésil. Avant cette date, seule l’union civile existait, depuis 2011.

La recherche amoureuse

Au Québec, la chercheuse Chiara Piazzezi travaille sur le polyamour : « Cette forme d’union se propose comme un arrangement entre plus de deux partenaires basé sur la transparence et la remise en question de la norme monogamique. Les polyamoureux peuvent former des unions en forme de triade (chaque personne se considère en couple avec les deux autres) ou en forme de V (une personne est en couple avec les deux autres). Ils peuvent avoir des relations exclusives à la relation polyamoureuse ou non, regrouper des partenaires exclusivement masculins, féminins ou mixtes. Ils peuvent aussi être plus que trois et même former un réseau…

Certains sexologues ont critiqué le polyamour, disant qu’il ne s’agissait que d’un autre mot pour “infidélité”. Chiara Piazzezi voit les choses autrement. “Dans le mariage, l’infidélité était la seule solution à la frustration sexuelle, remarque-t-elle. Le polyamour remet en question le rapport entre amour et adultère. Il y a certainement des partenaires malheureux dans les unions polyamoureuses, dit-il, mais on en trouve aussi dans les couples dyadiques. La différence, c’est qu’il existe chez les polyamoureux une conversation constante sur les frontières de la relation.”

La géographie de l’amour

Qui sont donc les partisans de cette formule ? Si, au tout départ, elle était surtout répandue parmi les homosexuels, impossible de le nier : elle se diffuse désormais à d’autres types de ménage qui, en temps de crise, estiment aussi que cela peut se révéler une excellente manière de mutualiser les frais.

Durex en 2005 donne un petit aperçu de la géographie de la pratique. Ainsi, faire ménage à 3 est plus répandu dans certains pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les pays scandinaves. À l’inverse, les Espagnols, Portugais, Allemands, Polonais, Indiens, Japonais et Indonésiens seraient beaucoup moins friands de ces expériences. Quant à la France, elle se situerait… entre les deux !